Une histoire curieuse: les "fausses" sourates

 

Au milieu de tous ces arguments lancés d'un côté ou de l'autre, surgit une histoire bien étrange, celle du site "SuraLikeIt" ou "Une Sourate semblable".

On sait que le Coran est souvent présenté par les propagandistes musulmans comme un véritable miracle, un livre inimitable dont la beauté sans pareille prouve l'origine divine à tout esprit impartial. Le texte, d'ailleurs, ne lance-t-il pas un défi aux hommes et aux djinns impliquant qu'ils ne pourront jamais produire "une Sourate semblable":

Cor. 2,23 Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une Sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d'Allah, si vous êtes véridiques.

Cor. 17,88 Dis : "Même si les hommes et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s'ils se soutenaient les un les autres".

Cet argument maintes fois répété a parfois provoqué des réponses très directes où des non-musulmans, par exemple Hunayn b. Ishâq (m. 873) ou Sâfî b. al-`Assâl (1205-1260), démontaient l'argumentation musulmane ou se permettaient de traduire des textes de la Bible en une prose imitant le Coran.

Récemment, un chrétien a placé sur un site abrité par la compagnie America-on-line (AOL) une série de quatre courtes "sourates" imitant le Coran pour relever le défi et prouver... que l'imitation était possible.

Les imitations en question:

 

Voici les traductions françaises des cinq fausses "sourates" rédigées dans un style réminiscent de celui du Coran:
 

Sourate Al-Wasaya ("Les Commandements")

(1) Alef Lam Mim Tha
(2) Nous t'avons envoyé aux mondes comme porteur de bonne nouvelle et comme avertisseur.
(3) (Autorisé) à ordonner tout ce qui te vient en tête pour que tu organises tout comme il se doit.
(4) Celui qui se soumettra à ton ordre se fera du bien tandis que celui qui ne se soumettra pas recevra une punition amère.
(5) Avant toi, Nous avons donné à Moïse dix commandements et Nous te donnons des dizaines d'autres puisque nous avons fait de toi le dernier des prophètes et t'avons consacré prince sur eux tous.
(6) Tu abroges ce que tu veux abroger des ordres que nous leur avons donnés car nous t'avons autorisé à modifier n'importe laquelle de nos décisions.
(7) Dis à mes serviteurs croyants de chercher refuge auprès du Bienfaiteur quand ils baillent afin d'empêcher Satan de se moquer d'eux, et quand ils éternuent de glorifier Dieu.
(8) (Et dis leur) de ne pas garder de chiens dans leurs maisons, et de ne pas mettre d'images sur leurs murs.
(9) Et s'il veulent porter des chaussures (dis leur) d'enfiler la droite avant la gauche. S'ils ne le font pas, ils commettent sûrement un péché détestable. (10) Et quand ils assouvissent un besoin naturel (dis leur) d'essuyer leur derrière avec trois pierres. Qu'ils évitent aussi d'utiliser le fumier car Nous en avons fait une nourriture pour les Djinn et l'avons donc interdit aux croyants.
(11) Dis à mes serviteurs croyants de piller ceux qu'ils veulent et même de tuer pour se faire des provisions: ceux d'entre eux qui n'ont jamais pillé ou jamais pensé à piller mourront comme des hypocrites et seront rejetés (dans l'au-delà).
(12) (Et dis) à ceux qui craignent la magie de manger sept dates: Allah les préservera de la magie et éloignera d'eux le mauvais sort.
(13) Dis à mes serviteurs que s'ils veulent jurer, ils doivent jurer par Dieu, aussi souvent qu'ils voudront.
(14) Et (dis-leur) d'épouser les femmes qui leurs semblent bonnes pour eux, deux, trois ou quatre, ou les captives que leurs mains droites possèdent, car nous avons rendu la Religion facile pour eux.
15) Et quand tu es à court de commandements, invoque Jibril et il viendra d'urgence comme cela lui a été commandé.
(16) Et si Jibril est occupé, va trouver Waraqa Ibn Nawfal pour lui demander son aide avant que nous ne le rappelions à Nous et que la révélation devienne trop difficile pour toi.
Références  tirées du Sahih de Bukhari: Verset 7 : Voir les Hadith-s 8:242 and 4:509 Verset 8 : Hadith 4.448 Verset 9 : Hadith 1.169 Verset 10 : Hadith 5.200 Verset 12 : Hadith 7.663 Verset 13 : Hadith 3.844 Verset 16 : Hadith 1.3

Sourate Al-Iman ("La Foi")

Et fais mention des disciples dans le Livre, quand le vent soufflait alors qu'ils naviguaient de nuit (1)
Quand il leur sembla voir le fantôme du Christ marchant sur les eaux. Ils dirent: est-ce le Seigneur qui se moque de nous ou sommes-nous devenus fous ? (2)
Et qu'alors parvint la voix du Maître leur disant: ne craignez rien, c'est moi, ne le voyez-vous pas. (3)
A cet instant, l'un d'entre eux cira et demanda: Ö mon Seigneur, commande-moi, si c'est toi, de marcher vers toi sur l'eau. Qu'ainsi Dieu veuille changer mon doute en certitude. (4)
Lui, [le Seigneur] lui répondit: viens vers moi et deviens un miracle pour les hommes afin qu'ils se souviennent. (5)
Et quand le disciple se mit à marcher, il vit combien le vent était violent ; il prit peur et commença à se noyer. Alors il appela son Seigneur au secours. (6)
Et lui [le Seigneur] lui tendit la main et dit: Homme de peu de foi, telle est la récompense de ceux qui doutent. (7)
Et dès qu'il vint à bord avec lui, le vent se calma et les disciples lui rendirent grâce et louange en criant: (8)
Vraiment tu es le Fils de Dieu ; en toi nous avons cru et devant toi nous nous prosternons. (9)
Il répondit: Bienheureux ceux qui ont cru sans mêler de doute à leur foi car ce sont eux qui réussisent en vérité (10)
 

Sourate Al-Muslimûn (Les Musulmans)

(1) Alef Lam Saad Meem
( 2) Dis: O musulmans, vous êtes grandement dans l'erreur.
( 3) Ceux qui ont refusé de croire en Dieu et en son Christ connaîtront, dans l'au-delà, le feu de l'enfer et une cruelle torture.
( 4) Certains visages, ce jour-là seront penauds et assombris, cherchant le pardon de Dieu et Dieu fera ce qu'Il voudra.
( 5) Ce jour-là, le Très Miséricordieux dira: O mes serviteurs, je vous ai accordé la faveur de vous guider par ma Révélation transmise dans la Torah et l'Injîl.
( 6) Et vous n'auriez pas dû refuser de croire à ce que je vous avais révélé vous égarant en quittant la route droite.
( 7) Ils dirent: nous ne nous sommes pas égarés, mais celui qui prétendait être l'un des messagers (de Dieu) nous a trompé.
( 8) Alors Dieu dira: O Mohammed, tu as séduit mes serviteurs et les a rendus incrédules.
( 9) Il dit: O mon Seigneur, c'est Satan qui m'a séduit et vraiment il a toujours été la plus grande cause de corruption chez les enfants d'Adam.
(10) Et Dieu pardonnera à ceux qui ont été séduit par l'homme et se sont ensuite repentis tandis qu'il jettera en enfer celui qui s'est fait l'avocat de Satan, triste fin du voyage.
(11) Et si Dieu décide quelque chose, Il est le plus au courant de ce qu'Il décide, de ce qu'Il avait décidé et Il peut tout.
 

Sourate At-Tajassud ("L'Incarnation")

(1) Gloire à Celui qui a créé les cieux sans leur donner de limite.
(2) Il a créé la terre, comme un globe en partie fait d'eau, en partie de solide.
(3) Dis à ceux qui ont été trompé par l'appel de Satan: vos esprits étaient aveuglés au point d'accuser Dieu faussement, et vous êtes devenus les partisans de Satan
(4) Satan a toujours été l'ardent ennemi de l'homme.
(5) Si votre Seigneur l'avait voulu, Il se serait fait des enfants à partir des pierres, Lui qui a dit à l'Univers: Sois et il a existé ; comme il est loin de sa majesté transcendante de consulter qui que ce soit dans ses décisions.
(6) Qu'il est loin de sa majesté transcendante de prendre une de ses créatures comme fils.
(7) Dis à ceux qui doutent de ce qui a été révélé auparavant: le Christ n'est pas une créature de Dieu, car Il était avec Dieu avant le Commencement et Il sera avec Lui pour toujours.
(8) En Lui et de Lui Il est, avec son Esprit Saint, un seul Dieu, éternel, unique, et rien qu'Unique.
(9) Et comme le Père l'a envoyé au peuple comme Il l'avait promis
(10) Il est descendu comme le Verbe dans le sein d'une vierge d'où il a surgi comme un être corporel. (11) Il s'est associé à l'homme, l'a enseigné, est mort en sacrifice au nom de l'homme, et comme un homme s'en est allé à son repos.
(12) Vers son Père, après trois jours, il est monté.
(13) Ceux qui n'ont pas cru en ses miracles, et l'ont calomnié,
(14) Dieu ne les laissera pas échapper à sa colère.
(15) Mais ceux qui ont cru en Lui et en Son Messie recevront pardon et paradis où ils vivront pour toujours.

* * *

 

Les réactions

Elles ont été plus vives que l'on ne pouvait s'y attendre. En effet, on aurait pu croire qu'Internet demeurait un moyen de communication relativement peu répandu et que les sites du genre "controverse islamo-chrétienne" avaient toutes les chances de rester ignorés. Il n'en a rien été. Une tempête de protestations s'est élevée. Dans un premier temps, les milieux musulmans on cru (ou feint de croire) que les quatre sourates en question se présentaient comme un faux Coran visant à égarer le lecteur musulman sur le contenu du Livre

Le 27 juin 1998, un journal égyptien, Akhbar elyom, publiait une lettre d'un usager d'Internet signalant l'existence de ces "fausses sourates" et appelant les lecteurs à protester auprès de la compagnie AOL qui hébergeait le site chrétien: "Chers usagers d'Internet en Egypte et dans tout le monde arabe, nous vous invitons à participer à la plus grande occasion de défendre notre religion contre ceux qui essaient d'en donner une fausse image. Ils en sont venus au point de publier sur Internet de faux versets en prétendant qu'ils font partie du Saint Coran". Deux autres journaux, contactés par le même lecteur s'emparèrent, à leur tour, de l'histoire, et l'université Al-Azhar,qui possède elle-même un site fort bien présenté, se lança à la rescousse: "Au nom de Dieu le Compatissant, le miséricordieux, dont nous sollicitons l'aide... Réponse à un satan sous forme humaine dont l'orgueil et les transgressions ne connaissent pas de limites. Il a défié Dieu lui-même par sa malice et s'est dressé contre son Créateur. Mais on a fait la preuve de son erreur et la désillusion a été son destin". Suivaient dix "preuves" de l'excellence du Coran qui le plaçaient hors d'atteinte des attaques du "satan sous forme humaine".

Une campagne de protestation demanda à la compagnie AOL de fermer ce site injurieux sous peine de représailles. Très rapidement, dès juin, cette compagnie prit peur et ferma le site chrétien. La querelle rebondit alors sur une autre piste: nombre d'observateurs s'émurent des menaces que représentait une telle campagne contre la liberté d'opinion. Le site ne contenait rien d'immoral, rien d'illégal, rien de directement injurieux.

La "Libre-pensée" s'en émut et une campagne de protestation contre AOL fut lancée pour défendre la liberté de publier des idées et des documents critiquant ou discutant les positions de telle ou telle religion:

J'affirme que le blasphème devrait être autorisé. On dit: "Le blasphème doit être interdit parce qu'il est contre Dieu" Mais où est Dieu ? Est-il réel ? Pouvez-vous me montrer une preuve de votre Dieu ? Non, vous ne pouvez pas, et donc votre argument n'a aucun sens pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Certains disent: "Le blasphème doit être interdit parce qu'il est contre la religion". Vous voulez donc protéger la religion. Mais quelle religion voulez-vous protéger ? Allez-vous tomber dans la discrimination religieuse ? Si non, vous devez les protéger toutes, les grandes et les petites. Savez-vous combien il y a de religions ? Savez-vous les étranges croyances de certaines ? ... Cette situation est impossible, parce que n'importe qui peut lancer une nouvelle religion à tout moment et demander la protection d'une nouvelle censure. Et si vous refusez cette demande, vous faites de la discrimination religieuse... Beaucoup de religions sont opposées les unes aux autres. Par exemple, l'islam dit que le Christ était un homme, tandis que le Christianisme dit qu'il était un dieu. Si vous censurez tout ce qui porte offense aux gens, vous devez censurer la Bible et le Coran. Tous deux portent offense aux adhérents de l'autre religion ! Est-ce cela que vous voulez?

Du côté musulman des voix différentes se firent entendre. Une association d'étudiants musulmans américains conseilla la prudence: à réagir trop violemment, les musulmans risquaient de faire de la publicité pour certains sites provocateurs. De plus, de tels documents pouvaient facilement se transporter sur d'autres locations (c'est d'ailleurs ce qu'ont fait les auteurs des quatre fausses sourates). Il faut aussi distinguer soigneusement ce qui exprime des opinions religieuses de documents qui seraient haineux et diffamatoires, "sinon, les sites islamiques eux-mêmes risquaient de faire l'objet d'une censure. Enfin les intérêts de l'islam seraient mieux servis par un exposé clair, positif et précis sur l'Islam et les musulmans pour contrer des arguments inexacts et stéréotypés et hostiles".

Un autre courant intervint: celui des disciples de M. Rashad Khalifa. Ce personnage a écrit un livre fort apprécié à l'origine où il démontrait l'excellence du Coran au moyen de l'informatique: tout le livre, apparemment, était secrètement basé sur le chiffre 19, le nombre des sourates, celui des versets, la fréquence du nom de Dieu, etc... Ce "miracle" tourna à l'hérésie quand l'auteur démontra qu'une telle interprétation lui permettait de trouver des "faux versets" que la tradition musulmane aurait introduits et qui rompaient le rythme du chiffre 19. Fidèles à leur système, ses partisans intervinrent pour défendre le droit des non-musulmans à essayer de copier ainsi les sourates du Coran. Il n'y avait aucun mal à les laisser imiter le style du Livre puisque le véritable miracle gisait dans le chiffre 19. Un réel défi à l'excellence du Coran n'existait que si les adversaires réussissaient à produire un livre basé, lui aussi, et avec la même perfection, sur le chiffre 19.

Ajoutons enfin que certains croyants musulmans exprimèrent l'idée que la seule réponse à donner à de tels défis était simplement de redoubler de fidélité et de dévotion à la parole de Dieu

L'histoire se termine là, mais la discussion se poursuit. Sur un nouvel emplacement, les quatre "sourates" s'offrent à l'étude, accompagnées d'une rétrospective de la controverse et une série d'arguments où les auteurs défendent leur droit de prendre le Coran au sérieux: puisque le texte met le lecteur au défi d'imiter le Livre, disent-ils, les musulmans devraient respecter le droit des autres à essayer de répondre honnêtement à ce défi. Leur affolement quand on s'y essaie dénoterait-il qu'ils ne sont pas si sûrs que cela que le défi ne peut être relevé ?

 

Preuve est donnée que le coran n’est pas inimitable

 

 

 

 


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