Biographie historique

Naissance et enfance

Mahomet naît à la fin du VIe siècle, vers 570, à la Mecque, cité caravanière vivant du trafic des marchandises de l'Inde vers l'Occident via Aden puis le désert.

Fils cadet d'une famille polythéiste, Mahomet appartient à la tribu de Koreish (Quraysh), une très ancienne tribu arabe. Mahomet descend de Galeb, fils de Fehr, surnommé Koreish (Kouraich), guerrier puissant et redouté. Son père Abd'allah est fils d'Abd'al-Motalleb, fils de Hashem (Hachim), prince des Koreishites, gouverneur de La Mecque et intendant de la Ka'ba.

La famille de Mahomet est connue sous le nom de famille Hachimite par référence à son grand-père Hachim ibn Abd Manaf. Les Koreishites disent descendre d'Ismaël, fils d'Abraham, et ont la garde de la Ka'ba, lieu où dit-on, tous les prophètes depuis Abraham se rendent en pèlerinage pour vénérer les idoles et cette pierre noire d'origine météorique.

Abd'allah épouse Amenah (Amina ou Aamina bint Wahb) fille de Wahb, chef du clan médinois des Banu Zahra. Elle accouche de Mahomet à La Mecque dans la maison de son oncle paternel Abou Taleb du clan des Bani Hachem, le premier lundi du mois de Rabi (avril). Son accoucheuse est Ach-chifa'Ommo'Abd Ar-rahmân ibn'awf.

Le septième jour après sa naissance, son grand père Abd'al Motalleb donne un nom à son petit-fils : Mahomet, ce qui signifie Loué. Oum Aymen Baraka Bentou Taleb, esclave de son père, s'occupe de lui avec sa première nourrice, une abyssinienne du nom de Baraka (ou Oum Ayman), esclave d'Abou Lahab, son oncle paternel.

Il n'a que deux mois quand son père Abd'allah meurt à Yathreb, qui depuis a pris le nom de Médine. Sa mère Amenah n'étant plus en état d'allaiter son fils, elle le confie d'abord à Thawiba, servante de son oncle, puis à Halima (fille d'Abou Dhou-ayb as-sa'diyya ou Abi Thouwayb) de la tribu des Saadites, qui emporte le nourrisson dans le désert, où son mari vit avec la tribu des Saadites (Banû Sa'd), séparée du reste des Arabes.

Un jour, Halima (Halîma bintl-llârith) et son mari Abou Kabcha retrouvent Mahomet étendu par terre, le corps couvert de sueur, la bouche écumante, les yeux égarés, ses vêtements déchirés. Ils pensent à une crise d'épilepsie, mais le jeune Mahomet leur explique que deux hommes grands et robustes sont venus et l'ont obligé de lutter contre eux ; que malgré la faiblesse de son âge, il avait longtemps combattu, mais qu'enfin ils l'avaient terrassé, lui avaient ouvert le ventre.

Halima se hâte de rendre Mahomet à sa mère Amenah qui meurt trois ans après ; il a à peine de six ans. Son grand-père paternel Motalleb (Abd El Mouttaleb) le prend alors dans sa maison. Deux ans après, Motalleb charge Abu-Taleb, l'aîné de ses enfants, frère utérin d'Abd'allah et père d'Ali, de prendre soin de Mahomet. Son oncle Abu-Taleb eut soin de l'élever dans le commerce.

Jeunesse

Quand Mahomet a douze ans, son oncle Abu-Taleb l'emmène en Syrie. Arrivés à Bostra (El Basra), ils visitent un monastère. Ils sont accueillis par un moine nestorien, connu sous le nom de Bahira. Ce moine prit par la suite une part notable à la composition du Coran.

De retour à la Mecque, Mahomet se distingue de ceux de son âge. Il est fort, mais il est également judicieux dans ses propos, énergique dans ses expressions, fidèle à ses amis, et plus encore à ses promesses, plein de candeur dans ses actions, il évite avec un soin extrême tout ce qui eut pû faire soupçonner en lui quelque goût pour le vice, quelque penchant à la licence.

Les Koréishites ayant déclaré la guerre (connue sous le nom d'El Fijar, vers 590) aux Tribus de Kénan (Canaan) & de Hawazan, ils marchèrent contre elles commandés par Abu Taleb. Mahomet qui a 20 ans se distingue par son intrépidité. Les deux Tribus sont battues et dispersées.

Quelque temps plus tard, les Koréishites démolissent, pour l'agrandir, la Ka'aba, temple cubique de la Mecque. Quand il s'agit d'y replacer la pierre noire idole principale du temple, les tribus ne s'accordent pas sur le choix de celui qui aura l'honneur de l'y replacer. Elle conviennent qu'il reviendra au premier qui se présentera le lendemain à la porte du temple. Ce fut Mahomet, avisé par ses amis : « il fit coucher la pierre noire sur un riche tapis, qu'il fit élever ensuite par deux Arabes de chaque Tribu, & la prenant alors, il la plaça lui-même, au bruit des applaudissements de tous les habitants de la Mecque, trop enchantés de la noblesse de cette action, pour démêler l'orgueil qui en avait été le motif. » (M. L. Castillon/Essai sur les Erreurs et les Superstitions)

La découverte des religions

La vie de Mahomet, depuis cette époque jusqu'à ce qu'il eut atteint l'âge de vingt-cinq ans, de même que ses actions, sont inconnues, même des Docteurs Musulmans.

Les Arabes errent dans leur désert en une lente et continuelle migration qui les porte du Yémen trop dense vers la Méditerranée. Ils vivent chichement de quelques razzias. Rares sont ceux qui cultivent, dans le Hedjaz, ceux qui commercent ou pratiquent l'usure, dans les échoppes de La Mecque, au passage des caravanes qui relient l'Inde à la Syrie. La période de troubles politiques, économiques, le matérialisme des marchands à courte vue favorise la recherche de nouveaux horizons spirituels et pourquoi pas vers le monothéisme des juifs, des chrétiens ou des mazdéens.

Mais pour Mahomet, pas question en se convertissant, de se couper de ses racines, ni de se placer sous la tutelle politique ou économique des puissances qui les protègent. Or il fait connaissance d'un esclave persan, Rouzbahan (Salman al-Farisi). Rouzbahan fut prêtre (mage) zoroastrien, s'est intéressé au manichéisme, au mazdéisme, puis au christianisme. Esclave, sa tâche consiste à écrire, traduire et enseigner. C'est au cours de ses enseignements qu'il rencontre Mahomet et qu'il l'initie aux mystères de son culte. Rouzbahan voit les rivalités tribales des Arabes autour de la Ka'ba et de la position des idoles et pressent que si quelques éclairés sages et riches énonçaient un nouveau message, ils trouveraient écho.

Rouzbahan a gardé des relations avec ce moine nestorien, chef de l'Église de Damas, Bahira (Bu airah, Bohaïra, Sergius, Sarjis) et de son « représentant » à la Mecque, Nofel (Warqa Ibn Nawfal) oncle (ou cousin ?) de Cadichée (Kadijeh, Khadijah, Khadija), l'un des grands chefs chrétiens de la péninsule arabe. Vu son grand âge, Nofel a reçu de Damas l'ordre de se trouver un suppléant. Mahomet entreprend de nombreux voyages à Damas, il parle avec Bahira qui voit en lui la personne la plus à même de remplacer Nofel et le représenter à la Mecque.

Bohira commande à Nofel d'œuvrer pour que Khadijeh confie à Mahomet la responsabilité de la caravane. De la sorte, Mahomet eut plus souvent qu'avant, l'occasion de voyager à Damas et de multiplier ses rencontres avec le moine. Mais l'étincelle pour amorcer le projet de Mahomet est impossible sans soutien financier. Il a fait preuve d'honnêteté et de droiture à l'égard de Khadijeh ? Sur la proposition de l'oncle de Khadijeh, Mahomet l'épouse. Elle a quarante ans, lui vingt-cinq ans. Il adopte son enfant, Héla, qui sera plus tard son beau-fils.

Il vit discrètement jusqu'à l'âge de quarante ans. D'extraction modeste, il devient un notable par son mariage avec une femme riche de quinze ans son aînée, mais ne parvient pas à s'assurer une descendance mâle.

Les prémices du Mahométisme

Un jour, Mahomet raconte à Khadijeh qu'il a reçu une première révélation au cours d'une retraite spirituelle dans la grotte Hira sur la montagne d'Arafa. Elle s'en étonne (sourate « Ya Ayoh al Modasser ») : - Khadijeh : Où étais-tu, j'ai dépêché mes envoyés à ta recherche ? Ils sont partis vers la Mecque, et sont revenus. - Mohammad : Je fais de la poésie ou suis au bord de devenir madjnon (démon, dément). - Khadijeh : Je te confie à Dieu car il ne te fait pas cela. (L'histoire de Tabarie)

Khadijeh (Khadija) qui a maintenant plus de 55 ans, est très étonnée. Elle prend la main de Mahomet et l'amène chez son oncle, Vraghat Ibn Nofel qui lui confirme la prophétie de Mahomet et l'alerte des dangers à venir. Khadijeh, la plus riche des femmes de La Mecque, est la première à prendre la défense de son mari.

Mahomet apprécie la Bible dont il isolera tous les personnages qui un jour ont pu dire qu'ils étaient « soumis à Dieu ». Du jour au lendemain, Noé, Abraham, Ismaël, Isaac, Israël (Jacob), Joseph, Salomon ou Jésus, deviennent musulmans (soumis), puis mahométans sans le savoir et bien sûr, sans protester. Le texte mahométan récupère de même Adam, Moïse, Aaron, David, Salomon, Job, Jonas, Zacharie, Marie, Jésus (Isa), Jean-Baptiste (Yahya). Ismaël et Agar, la servante d'Abraham, sont sauvés du désert par l'eau du puits de Zem-Zem, près de la Ka'ba. Le mahométisme naissant s'appuie sur un Livre respecté, il se teinte d'un prophétisme et d'une eschatologie parabibliques.

Il emprunte ainsi au Sermon sur la montagne (Matthieu V-VII 27, Luc VI 17-49) trois des cinq piliers du Mahométisme : la prière, l'aumône (zaka), le jeûne (ramadan), y ajoute le pèlerinage (hadjdj) - commun à la plupart des religions - et surtout la shahada (« J'atteste qu'il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu et que Muhammad est l'envoyé de Dieu »). La pratique des cinq prières journalières à des périodes précises de la journée, est selon toute vraisemblance, imitée de Zoroastre - d'ailleurs, certains versets du Coran sont la traduction des Gattas de l'Avesta.

Mahomet se découvre une éloquence vive et forte, mais il peinera à partager ses vues sur le monde et les affaires humaines ; ceux qu'il considère comme ses pairs le récompensent d'indifférence. En trois ans, il s'entoure d'une petite cinquantaine de disciples. Ils sont une centaine au bout de cinq ans. L'efficacité des armes viendra au secours de son verbe.

Enseigner aux Arabes qu'il vaut mieux adorer Dieu que les étoiles qu'il a créées est tâche relativement aisée ; Mahomet se garde bien de toucher aux traditions ancestrales, l'entreprise eut été vouée à l'échec : djinns (créatures invisibles), circoncision, polygamie, culte de la pierre noire, calendrier lunaire, sacrifices, immolations, talismans, amulettes...

Sa religion est certes plus pesante qu'aucune autre, par les cérémonies légales, par le nombre et la forme des prières (que le soumis/musulman accomplit, tout d'abord et selon la coutume juive et chrétienne, en se tournant vers Jérusalem) et des ablutions, mais il propose pour récompense une vie éternelle, où l'âme serait enivrée de tous les plaisirs spirituels, et où le corps ressuscité avec ses sens, goûterait par ses sens mêmes toutes les voluptés qui lui sont propres. Jusque là individualistes et rétifs à toute discipline, les Arabes se voient confier une mission collective : conquérir le monde et le soumettre. À Dieu.

S'inspirant des ascètes chrétiens ou arabes, Mahomet effectue de nombreuses retraites. Vers 610, il prend l'habitude de réciter, puis dicter à un secrétaire les paroles que, dit-il, l'archange Gabriel (Djibril) lui rapporte de Dieu. À travers elles, il s'en prend à ses pairs, aux notables de la Mecque, aux marchands, aux riches, aux puissants. Il prône l'humilité, la justice, la redistribution des biens aux pauvres et aux orphelins. Il convainc quelques mecquois, révoltés ou de condition modeste ; mais s'attire la réprobation de ses concitoyens attachés aux divinités ancestrales et qui savent les causes profondes de sa rancœur.

L'hégire et les débuts de l'islam

Ses deux protecteurs meurent en 619 : sa femme Cadichée et son oncle Abi Talib - remplacé à la tête du clan par un autre oncle, très réticent à son égard. Il épouse Saouda (Sawda), veuve mais bonne ménagère, puis une fillette d'une dizaine d'années, Aïcha, fille d'Abubéker (au total, il se mariera avec une dizaine de femmes dans un climat de scandales et de rivalités). Mahomet quitte La Mecque. C'est le début de l'émigration (ou « hégire », 622).

À Médine (Yathrib) par le jeu d'un pacte entre tribus arabes rivales, la vie s'organise autour de la communauté (Oumma) qui trouve ses principales ressources dans le pillage des caravanes mecquoises. La richesse de Mahomet augmente au fil des dons et du cinquième de chaque prise ou butin. Les chefs de clan qui ne se soumettent pas doivent verser une taxe (jizyah).

Au début, ses fidèles jeûnent le jour de la fête juive de l'expiation (Yom Kippour), ce qui n'incite pas pour autant les Juifs de Médine à se rallier au mahométisme. Le jeûne est ensuite fixé le mois anniversaire d'une escarmouche victorieuse contre des mecquois venus secourir une caravane ; Mahomet ne se tourne plus vers Jérusalem pour prier ; le mahométisme se détache de ses ancrages primitifs, s'affirme et s'impose par tous moyens : ses détracteurs sont assassinés, un clan juif est expulsé de Médine et ses biens confisqués, la dernière tribu juive restée dans la ville est massacrée (624). Le mahométisme n'entend que rétablir l'idéal juif et chrétien dans sa pureté originelle chez ceux dont il juge qu'ils l'ont corrompu et qu'ils ont manipulé les écritures, Torah autant qu'Évangile...

En 627, il prend pour concubine Rayhana, une juive, puis Myriam en 629, une chrétienne copte ; la même année, il se marie avec Saffiyya, une juive. Car l'homme peut avoir jusqu'à quatre épouses ; et autant de concubines esclaves qu'il le souhaite, sans clause de nombre. Le mariage d'un fidèle avec une païenne est interdit, mais licite avec des juives et des chrétiennes (la femme soumise/musulmane ne peut épouser qu'un soumis/musulman).

La Mecque tombe comme un fruit mûr en 630. En neuf ans, il s'assure l'Arabie et la soumet. L'économie de pillage (razzia) atteint ses limites : vol réciproque ne crée pas richesse. Mahomet sonne l'arrêt des razzias entre tribus arabes. Il faut trouver un nouveau gisement : l'ère de la conquête a sonné, on soumet de nouveaux territoires, de nouveaux peuples.

Il meurt à Médine d'une courte maladie, âgé de 63 ans où se trouve son tombeau.

Sources : L'Histoire de Tabarie, Dictionnaire de Bayle, Encyclopédie de Diderot, M. L. Castillon (Essai sur les Erreurs et les Superstitions), oumma.com, Le Monde.

 

 


Mesure d'audience