Débauches de Mahomet. Aveuglement de ses Disciples.

Mahomet idolâtra les femmes : la beauté eut sur lui plus d'empire qu'il n'en avait lui-même sur ses stupides sectateurs. Il ne fut ni inconstant dans ses amours, ni perfide avec ses Maîtresse ; mais il lui en fallut plusieurs, & il les aima toutes éperdument & d'une égale ardeur. Si ce qu'on assure de lui à cet égard, est vrai, Mahomet fut un homme fort rare, fort extraordinaire. Les Docteurs Musulmans prétendent d'après lui, & ce qu'il y a bien plus surprenant, d'après ses femmes, qu'il avait reçu de la nature la force & la vigueur de cent hommes robustes : on serait tenté de le croire aux exploits étonnants dans ce genre qu'on raconte de lui. Quoiqu'il en soit, il eut, selon quelques Historiens Mahométans, 13 femmes légitimes, quelques autres disent 15 ; Abbulseda & Gentius assurent qu'il en épousa 26. On n'en connaît que 12, & chacune des 12 eut en lui l'amant le plus impétueux, le mari le plus riche des dons de la nature. Aucune d'elles n'eut le tems ni la liberté d'être jalouse ; on prétend qu'il les voyait toutes dans une même nuit, comme s'il n'en eut vû qu'une.

J'ai parlé de Khadija. Sawda fut la seconde femme du Prophète ; Ayesha, fille d'Abubecr, fut la troisième ; Mahomet eut toujours pour elle la plus vive passion, elle régnait dans son cœur, elle occupait son âme toute entière ; dans les bras de ses autres épouses il soupirait pour Ayesha ; elle était son amie, sa maîtresse, son idole, son dieu. Ghozia fut sa quatrième femme ; il l'aima par caprice, l'épousa par amour, & la répudia par dégoût. Hassa, fille d'Omar, sa cinquième épouse, eut tour à tour sa haine & son amour, sa confiance & ses mépris ; il finit par la respecter, & même par la consulter dans les difficultés les plus pénibles à résoudre. Il épousa la belle Zeinab, qui des bras du Prophète passa dans le tombeau, & laissa à son époux des regrets éternels ; car Zeinab était aimable, vive & voluptueuse. Omm Salma fut l'épouse chérie de l'Apôtre, & elle eut été peut-être celle qu'il eut le plus constamment adorée, s'il n'eut pas vût par hasard la belle Zénobie, femme de Zeid, son affranchi & son fils adoptif : il ne pouvait se marier avec elle ; la loi le défendait ; c'était même, suivant sa doctrine, un sacrilège irrémissible que de convoiter la femme de son fils adoptif. Mais quand Mahomet avait publié cette loi il ne connoissait pas les grâces de Zénobie : il la vit, son cœur soupira ; Zeid s'aperçut de la passion naissante de son père adoptif ; il y allait de sa vie ; il feignit de n'avoir plus que du dégoût pour son épouse, & la répudia. Mahomet fit descendre du ciel un verset de l'Alcoran qui le dispensant de la loi, lui permettait d'épouser Zénobie ; il l'épousa, remercia le ciel, & idolâtra sa nouvelle conquête.

Mahomet vit en Ethiopie la jeune Habiba, femme d'Obeid'hallah ; ses attraits le touchèrent ; il s'éloigna de cette femme, le cœur blessé ; il apprit à Médine la mort d'Obeid'hallah ; & il envoya aussitôt un Courier au Roi d'Ethiopie, pour le prier de lui donner Habiba en mariage. Le Roi y consentit, & Habiba vint à Médine, où elle vécut en Souveraine auprès de son amant, époux tendre pour elle, & toujours éperdu. Joweira, de l'état de captive,, passa, grâce à ses charmes & à l'amour qu'elle avait inspiré au Prophète, au glorieux état de femme de Mahomet : il la chérit beaucoup, & les années ne firent qu'augmenter sa tendresse pour elle. Mahomet épousa aussi Safiya, Juive d'une beauté parfaite, remplie de talents, & à qui Mahomet découvrait chaque jour quelques grâces nouvelles. Maimuna fut la douzième femme du Prophète ; c'est la dernière de celles dont on connaît le nom : elle avait sur ses compagnes cet avantage, que Mahomet la respectait jusqu'à la vénération, même dans des moments qui paraissent exclure toute espèce de respect.

Toutes ces femmes étaient on ne peut pas plus satisfaites de leur époux ; jamais elles ne s'aperçurent d'aucun ralentissement. Toujours idolâtrées, elles ne concevaient pas comment le Prophète pouvait suffire à des travaux plus réels & plus pénibles que ceux de l'ancien Alcide : les Musulmans ne le comprenaient pas non plus ; & cet excès de forces ne contribuait pas peu à leur faire regarder Mahomet comme un être tout extraordinaire, & visiblement protégé du ciel.

On fut d'abord un peu surpris que Mahomet violât aussi ouvertement la loi qu'il avait faite ; & que n'ayant permis à ses Sectateurs, sous peine d'anathème, que quatre femmes ou concubines au plus, il grossit chaque jour d'une nouvelle épouse, le nombre de ses femmes. Cet exemple scandalisait ; mais le Prophète fit bientôt cesser le scandale. Il se fit accorder par le ciel un privilège exclusif de prendre tout autant d'épouses qu'il le jugerait à propos ; & le même verset de l'Alcoran qui lui donnait ce privilège, défendait à qui que ce fut, de blâmer sa conduite, & de se scandaliser de son incontinence.

Mais en vain Mahomet fit-il intervenir le ciel & l'Ange Gabriel; en vain profita t'il des forces plus qu'humaines qu'il tenait de la nature ; en vain chercha t'il par les preuves les plus convaincantes, à faire accroire à ses femmes qu'il les adorait toutes, & que chacune d'elles était plus heureuse & plus favorisée que si elle n'eut été que la femme unique d'un autre : ni ses rares talents, ni ses visions, ni ses travaux, ni ses caresses ; rien ne pût le mettre a l'abri du sort qu'éprouve communément tout époux adultère. Sa tête fut couverte d'opprobre, si c'en est un d'avoir une épouse volage, infidèle, débordée.

La plus chérie de ses femmes, celle qu'il idolâtrait par dessus tout, l'amie de son cœur, Ayesha, eut plus d'un amant ; & soit qu'elle fut irritée des infidélités de Mahomet, soit qu'elle ne pût résister à l'ardeur du penchant qui l'entraînait, elle combla de ses faveurs beaucoup de Musulmans. Ses aventures devinrent publiques ; sa réputation fut flétrie. On l'accusa ouvertement d'adultère & de débauche outrée.

Mahomet adorait Ayesha ; il ne pouvait douter de ses infidélités : la punir, la répudier, c'eut été s'exposer à des ressentiments ; & d'ailleurs, il eut été dangereux à un Prophète, d'avouer qu'il avait ignoré l'inconduite de sa femme, lui qui se vantait de lire dans les replis les plus cachés des cœurs.

Considérant combien cette accusation donnerait de l'avantage à ses ennemis, qui la regarderaient comme une tâche à son honneur, & qui par-là pourraient affaiblir son autorité, il entreprit de justifier sa femme, malgré la publicité de ses débordements. Il assembla ses Sectateurs, & leur rendit compte d'une révélation toute particulière & par laquelle Dieu l'avertissait expressément de ne jamais rien croire des calomnies que l'on pourrait répandre contre l'honneur & la pureté d'Ayesha. Cette révélation qu'on lit dans le 24e chapitre de l'Alcoran, fit tant d'impression sur les esprits, qu'Ayesha passa dès cet instant pour un modèle de vertu ; & quelque tems après un Musulman indiscret ayant osé se vanter des bontés de cette femme, il reçut par ordre de Mahomet quatre-vingt coups de fouet, ainsi que le ciel l'avait ordonné, suivant la loi insérée dans le même chapitre.

Mahomet fut moins heureux avec le jeune Zénobie, cette belle Zénobie, qui était l'idole de son âme, & à laquelle il n'eut pas renoncé pour l'Empire de l'Orient. Ali avait tué ès combat singulier le frère de Zénobie. Mahomet refusa de punir le meurtrier. Zénobie, irritée, résolut de venger sur son époux, le sang de son frère. Elle empoisonna une épaule de mouton, & invita le Prophète à venir souper chez elle. Mahomet, qui préférait les épaules de mouton aux mets les plus délicieux, mangea avec avidité de celle qui lui était servie. Bashar, son favori, en mangea aussi, mais il tomba au même instant dans d'affreuses convulsions, & expira sur la place. Mahomet éprouva les mêmes convulsions, & parvint, à force de secours, à rendre le poison ; mais le coup mortel était porté ; il mourut trois ans après Bashar.

Les Mahometans assurent que l'épaule de mouton parla à Mahomet, dès le second morceau qu'il en mangea ; mais le miracle était inutile, le poison avait opéré.

Mahomet demandant à Zénobie quel motif l'avait portée à cette atrocité ?

-J'ai pensée, répondit Zénobie, que si vous étiez véritablement Prophète, vous vous apercevriez aisément du poison, & que si vous ne l'étiez pas, nous serions bientôt délivrées de votre tyrannie.

Ce raisonnement était fort, & surtout dans la bouche d'une amante adorée. Mahomet en fut pétrifié ; il soupira de rage, & n'osa se venger ; cruellement offensé, mais éperdument amoureux, il se contenta de renvoyer Zénobie à ses parents. Quelque temps après, & peu de jours avant que de mourir, Mahomet apercevant la mère de Bashar, il lui dit : Hélas ! mère Bashar, le poison de Zénobie, qui fut si fatal à ton fils, n'a pas cessé de me visiter de temps en temps depuis ; mais à présent, je sens les veines de mon cœur se rompre par sa violence.

L'activité de ce poison, ni les tourments qu'éprouva Mahomet, ne l'empêchèrent pourtant pas de joindre à ses vingt-six épouses, un essaim de concubines qu'il aima, qu'il idolâtra aussi passionnément qu'il adorait ses femmes. Elles lui furent toutes fidèles & soumises. Aucune d'elles ne lui donna ni de rival ni de poison. Les plus distinguées, & celles que les Mahométans révèrent comme les confidentes & les dépositaires des secrets les plus intimes de Mahomet, furent, la séduisante Ribana, Juive d'une grande beauté, qui persista quelque temps dans le Judaïsme, mais qui persuadée enfin par l'éloquence, l'énergie & les grandes actions de son amant, embrassa l'Islamisme, & devint un des Interprètes les plus éclairés du divin Alcoran ; Shirim, belle Copte, dont les tendres baisers retiraient Mahomet de la profonde léthargie où l'avait enseveli la présence soudaine de l'Ange Gabriel. Marie la Copte, plus radieuse que l'aurore, & dont les premières faveurs avoient donné tant de chagrin à Mahomet ; car ayant défendu la fornication par un chapitre exprès de l'Alcoran,, & ayant vu ensuite la belle Marie, il ne pu résister au pouvoir de ses charmes, & malgré l'Alcoran, il coucha avec elle, une nuit qu'il avait promis de donner à Ayesha & à Hassa. Celles-ci, inquiètes de n'avoir pas vu le Prophète, découvrirent la cause qui l'avait retenu, on prétend même que Hassa le surprit couché avec Marie. Elles lui firent des reproches si vifs, que Mahomet leur promit de ne plus voir Marie, & de la renvoyer ; mais sa passion lui fit bientôt oublier ses serments. Il revint à Marie, & passa un mois tout entier avec elle ; ensuite, pour se justifier auprès des Musulmans & de ses femmes, qui murmuraient hautement de son inconduite, il fit descendre du ciel le chapitre 66e de l'Alcoran, par lequel dieu approuvant ses actions & ses amours, lui permet de se dégager de ses serments, pour si peu qu'ils contraignent ses inclinations.

Outre la belle Ribana, Shirim & la Copte Marie, Mahomet fut encore l'amant de deux jeunes Egyptiennes, & d'une quantité prodigieuse d'autres concubines, que sa main droite posséda, selon le style de l'Alcoran, & qui régnèrent tour à tour dans son cœur.

Tant de femmes, tant de maîtresses, tant d'excès scandaleux, & que le Prophète lui-même eut puni dans tout autre, ne purent éclairer ses imbéciles Sectateurs.

Il leur paraissait étonnant, à la vérité, qu'un Prophète, un Apôtre, l'ami de Gabriel, le confident de Dieu, eut des mœurs, en apparence aussi corrompues, qu'il enlevât à ses disciples, à ses amis, à ses esclaves, toute femme ou toute jeune fille qu'il trouvait à son gré : mais ses révélations les arrêtaient, ses visions les désarmaient ; les chapitres de l'Alcoran, que le ciel envoyait exprès pour le justifier, éloignaient d'eux toute idée profane, tout jugement trop libre, & ils disaient : il vaut beaucoup mieux croire que la concupiscence n'est pas un mal, l'impudicité un vice, l'adultère & l'inceste des crimes, puisque notre grand Prophète y est sujet, que de penser que puisqu'il est impudique, adultère, incestueux, il n'est pas un grand Prophète.

 

 

 


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