extrait

 

Le Coran de Samarcande est l’un des exemplaires les plus anciens. La superstition mahométane le tient pour othmanien. Même s’il ne remonte pas jusqu’au calife sanguinaire qui fit brûler les versions contradictoires pour imposer sa Vulgate, il donne un aperçu de l’état du texte reçu dans les premiers siècles de l’islamisme. Une simple comparaison avec l’édition égyptienne contemporaine dévoile les multiples altérations et corruptions que les mahométans firent subir depuis lors au texte qu’ils proclament divin.

Rappelons encore une fois que ces variantes entre les versions ne constituent que la partie émergée de l’iceberg et que nous n’aurons jamais connaissance que par quelques échos étouffés des versions autrement contradictoires qu’Othman livra au feu.

« Que dirait-on si nous ne possédions de l’évangile qu’un texte unique, attribué lui aussi, par une tradition plus ou moins contestable, à quelque disciple de Jésus ; texte qu’un des premiers papes aurait fait revoir ou retoucher, pour condamner ensuite au feu toute autre édition que la sienne ? N’objecterait-on pas avec la dernière vigueur, qu’en supprimant toute rédaction indépendante, ce pontife autoritaire a supprimé du même coup la possibilité d’arriver à une certitude scientifique, par une comparaison minutieuse des traductions » (Abbé Pinard de La Boullaye, Conférences, 1929, pp. 173-174)

Nous donnons ci-après quelques exemples de ces altérations de la version post othmanienne. La partie entre crochets est ajoutée dans la version actuelle (par rapport à la version ancienne de Samarcande). Parfois ces altérations modifient le sens, parfois elles le laissent intact. Même dans ce dernier cas, il faut noter que des altérations mineures, comme la suppression de quelques Allâh et leur remplacement par divers pronoms, renversent le château de sable du miracle du nombre 19. Une main plus récente a parfois introduit dans la marge ou entre les lignes les corrections que la postérité imposa au texte originel.

Les photographies du Coran de Samarcande sont disponibles dans l’annexe A du livre en ligne de B. Mark : A ‘perfect’ Qur’an, or so it was made to appear to them ? Voir http://www.answering-islam.org/PQ/A1.htm#AppendA et les pages suivantes.

En 2:57, le premier 3alaykum manque dans la version de Samarcande (bien qu’on devine la trace d’un ajout marginal) « Nous fîmes planer la nuée [sur vous] et fîmes descendre sur vous la manne et les cailles »

En 3:37, inna Allâha manque. « Ceci vient d’Allah. [Allah] (Il) donne attribution à qui il veut »

En 2:284, Samarcande porte wahuwa 3alâ kulli shay’in qadîrun au lieu de waAllâhu 3alâ kulli shay’in qadîrun. « Et Lui, sur toute chose, est omnipotent » au lieu de « Et Allah, sur toute chose, est omnipotent »

En 3:78, quelques mots ajoutés entre les lignes dans la version de Samarcande sont insérés dans l'édition actuelle. B. Mark s'est trompé en entourant le groupe de mots concerné (il s’agit de wamâ huwa min 3indi Allâhi).
« Il disent que cela vient d'Allah [alors que cela ne vient pas d'Allah] Ils disent des mensonges contre Allah alors qu'ils savent. »

En 6:141, un groupe de mots manque (waghayra ma3rûshâtin), il n'est ni en note marginale, ni entre les lignes : « C’est lui qui a fait croître des jardins en treilles [et non en treilles], les palmiers … »

En 6:144, le début du verset manque (wamina al’ibili ithnayni). « [Et deux parmi les camélidés] et deux parmi les bovins » Il est introduit dans la marge du manuscrit.

En 6:146 (notons que Blachère met ce verset en retrait dans son édition critique), c’est encore une partie importante qui, dans le texte de Samarcande, n'apparaît qu'en note marginale kulla dhî Zufurin wamina albaqari walghanami Harramnâ : « A ceux qui pratiquent le judaïsme, Nous avons interdit [toute bête à ongle. Des bovins et des ovins, Nous avons interdit] les graisses … »

En 6:36, la version de Samarcande porte thumma Allâhi yurja3ûna, alors que la Vulgate affirme thumma ilayhi yurja3ûna : « puis ils seront ramenés à Allah » contre « puis ils seront ramenés vers Lui »

En 6:59, thumma (puis) remplace le mot wa (et) dans le Coran de Samarcande.

En 20:108, hamsân a remplacé dans la Vulgate le humâ qu’on trouve dans la version de Samarcande. Au lieu de « Ce jour-là, les ressuscités suivront le Convocateur, sans résistance, et les voix baisseront devant le Miséricordieux et tu n'entendras qu'un chuchotement. », le Coran de Samarcande disait « Ce jour-là, les ressuscités suivront le Convocateur, sans résistance, et les voix baisseront devant le Miséricordieux, et tu n'entendras qu'eux deux. »


Mesure d'audience