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Le dicton du peuple

LA BIBLE EST UN LIVRE COMME UN AUTRE

et la réponse de Jésus-Christ

 


 

- Bah ! votre Bible est un livre comme un autre !

- Avant de vous répondre, me permettrez-vous de vous adresser une question ?

- Parlez.

- Avez-vous lu 1a Bible ?

- Oh ! j'en ai tant, tant entendu parler !

- Ce n'est pas ce que je vous demande ; voici ma question : Avez-vous lu la Bible ?

- Oui, à l'école... autrefois... un peu...

- Ainsi, un livre que vous avez épelé quand vous étiez enfant, un livre que vous n'avez pas lu depuis des années, enfin un livre de mille pages que vous avez lu un peu, un tout petit peu, vous vous permettez de le juger ! Vous décidez qu'il est semblable aux autres ?... A propos des autres, quels sont ces livres auxquels vous dites que la Bible est semblable ?

- C'est tout simple: je ne compare pas la Bible à un roman, mais aux livres qui, comme la Bible, ont servi de base à des religions, tels que le Coran de Mahomet, les Védas des Indous.

- Bien ; puisque vous m'avez autorisé à vous faire des questions, je vais user de la liberté.

- Volontiers.

- Avez-vous lu le Coran de Mahomet et les Védas des Indous ?

- Oh ! pour ça non.

- Quoi ! vous comparez la Bible, que vous ne connaissez guère, au Coran et aux Védas, que vous ne connaissez pas ? N'est-ce pas un aveugle qui juge des couleurs.

- Je répète ce que j'ai entendu. Tout le monde vous dira que la Bible est un livre comme un autre.

- Oui, tout le monde qui ne l'a pas étudiée ; mais, puisque jusqu'à ce jour vous n'avez entendu que ces gens-là, permettez à une personne qui lit cette Bible depuis longtemps de vous donner aussi son opinion.

- Je vous écoute.

- D'abord, la Bible est le plus ancien des livres connus. Ses premières pages datent de Moïse, plus de dix-sept siècles avant Jésus-Christ, tandis que l'ouvrage le plus ancien chez les Chinois ne remonte qu'à Confucius, douze cents ans plus tard. Il est vrai que les documents dont s'est servi ce philosophe appartiennent à une époque antérieure ; mais on peut dire de même que les documents de la Genèse viennent d'une époque plus ancienne que leur rédaction définitive.

Je n'attache pas trop d'importance à ce fait ; mais pour répondre à votre question, je vous fais seulement remarquer que, à l'égard de son âge d'abord, la Bible n'est pas comme tous les autres livres: c'est le plus ancien.

Observez en second lieu que ce volume n'a pas été gardé par quelques amateurs de livres rares au fond d'une bibliothèque, mais par un peuple entier qui devait le lire chaque jour, dans sa maison comme en voyage, l'écouter de la bouche de ses rois et de ses prêtres. Ses gardiens en ont eu un si grand soin, qu'ils en sont venus à en compter les mots et les lettres.

Les Massorètes auraient pu vous dire qu'elle est juste la parole qui est au centre du volume ; combien il y avait de mots dans ce livre, de lettres dans celui-là. Tous ces calcu1s sont puérils, sans doute, mais ils ont du moins l'avantage de nous manifester avec quelle vigilance les Juifs ont gardé l'Ancien Testament. Quant au Nouveau, non seulement on en a lu de tout temps les pages dans les diverses Eglises d'Afrique, d'Asie et d'Europe, mais de nombreux conciles s'en sont occupés, des milliers d'écrivains les ont expliquées ; les citations en sont si fréquentes qu'on pourrait aujourd'hui, si le texte sacré se perdait, recomposer le volume en rapprochant les citations qu'en ont données les seuls Pères de l'Eglise. Vous conviendrez donc qu'à regard des soins pour la conserver pure, la Bible n'est pas dans un cas ordinaire, mais qu'elle est infiniment supérieure à tout autre livre.

Cette Bible, conservée avec tant de vigilance, a été copiée et recopiée par des milliers de scribes, de moines, de savants, pendant des siècles. A l'invention de l'imprimerie, la Bible fut le premier livre mis sous presse; les éditions furent si nombreuses que le nombre des volumes dépassa ceux de tous les autres ouvrages réunis. Cette reproduction des livres saints a été si abondante qu'aujourd'hui c'est par millions d'exemplaires qu'il faut les compter. En Angleterre et en Amérique deux sociétés bibliques impriment à elles seules pour cinq ou six millions de francs chaque année, et l'on marche à la réalisation du projet d'en mettre un exemplaire dans toutes les familles de l'univers. Parmi tous les autres livres, en est-il un seul qui s'achemine vers un tel résultat ?

Mais cette Bible fait plus que de se répandre dans les familles, elle y exerce une puissante influence. Pour en juger, il nous faudrait vivre dans ces contrées où père, mère, enfants, serviteurs, se réunissent deux fois par jour, autour du volume sacré pour le lire avec attention et respect, accompagnant cette lecture de prières, pour que Dieu donne à tous la force d'en suivre les préceptes.

Que de malades, que d'affligés, que de mourants, consolés par les promesses de l'Evangile ! Que de troupeaux édifiés, chaque dimanche, par ses pages, tenues pour inspirées ! Y a-t-il au monde un livre qui exerce une-t-elle influence ? Les lois humaines sont appliquées par des juges à d'autres qui les observent par crainte. Mais les lois de la Bible sont appliquées par les croyants, à eux-mêmes, qui les observent par amour. De quel code pourrait on en dire autant ? Donc, quant à son antiquité, sa conservation, sa diffusion, son influence, la Bible est sans égale dans le monde, et nous pouvons déjà conclure qu'à tous ces égards ce n'est pas un livre comme un autre.

Mais examinons de plus près. Ouvrons ce livre, et voyons son contenu ; et puisque vous avez vous-même nommé les Védas et le Coran, rapprochons la Bible des Védas et du Coran.

Tenons-nous à un double sujet : notre Créateur et nous-mêmes. Qui est le Créateur, d'après le livre des Indous ? Dans son passage le plus admiré, on nous répond, sous mille formes : Je ne le sais pas.

Celui qui ne peut pas être compris par 1'intelligence, celui qu'on ne voit pas par l'organe de la vision ; celui qu'on n'entend point par l'organe de l'ouïe, qu'ou ne peut distinguer par l'odorat. L'homme qui ne croit pas le connaître, c'est celui qui le connaît ; I'homme qui croit le connaître, c'est celui qui ne le connaît pas. I1 est regardé comme incompréhensible par ceux qui le connaissent le plus, et comme parfaitement connu par ceux qui l'ignorent entièrement .

Vous le voyez, les Védas nous donnent beaucoup de mots pour arriver à dire sur Dieu ce que le plus ignorant peut répéter: Je ne le connais pas.

Mais demandez à la Bible de vous définir cet Etre des êtres, et elle vous répondra sans effort et sans phrases : DIEU EST CELUI QUI EST, celui qui existe par lui-même ; et par ce seul mot, elle vous fera comprendre à la fois que l'existence de Dieu est éternelle et que la nôtre a commencé ; que Dieu est nécessaire et nous contingents. Lui maître de tout, nous ses subordonnés. Sans doute, cette définition de Dieu ne nous dévoile pas sa nature, mais elle nous apprend tout ce que nous sommes capables de comprendre, tout ce que nous avons besoin de savoir.

De notre Dieu, passons à nous-mêmes, et demandons aux Védas ce qu'est la race humaine. Ils nous répondront que Brahma produisit de sa bouche, de son bras, de sa cuisse et de son pied, le Brahmane, le Kchatriya, le Vaisrya et le Soudra. De là quatre races d'hommes ; de là l'institution des castes dans les Indes, l'orgueil et la domination des uns, l'abjection et l'ignorance des autres ; et, enfin, des distinctions absurdes, dégradantes, qui tiennent dans l'esclavage la plus grande partie de cette nation.

Adressez la même question à la Bible, et Jésus-Christ vous répondra : Vous êtes tous frères. Tous frères ! l'entendez-vous ? Point de classes privilèges ; point de classes avilies : point de maîtres par la grâce de Dieu ; point d'esclaves par ordre de l'Evangile. Selon la Bible, il n'y a plus ni Grecs, ni Juifs, ni Barbares, ni Scythes, ni esclaves, ni libres ; mais Christ est tout en tous. Dieu a fait naître d'un même sang tout le genre humain. Adam est notre père commun ; en un mot, nous sommes tous frères, c'est-à-dire égaux, et destinés à nous aimer comme parents d'une seule famille, à nous aider comme les membres d'un seul corps.

Sans doute, dans la société, il sera loisible à chacun d'acquérir de l'instruction, de l'influence, des richesses ; mais la même liberté appartient à tous. Personne, en venant au monde, n'est condamné par l'Evangile à rester ignorant, ni pauvre, ni esclave. Ce n'est pas la naissance, c'est l'activité, le courage, la vertu, qui détermineront notre place ; et même, plus ou moins élevés en rang, fortune, dignité, les chrétiens restent encore frères en leur commun Sauveur. Du trône à la chaumière, ils devront se tenir par la main.

Voici donc la différence sur le second point de notre comparaison. D'après le livre des Indous, nous sommes quatre races d'hommes qui devons , chacun dans notre caste, rester prêtres, soldats, laboureurs et esclaves ; tandis que le livre des chrétiens nous appelle tous à la fraternité. Trouvez vous que ce soit la même chose ? Et la Bible est-elle encore ici comme tout autre livre ?

Maintenant, un mot sur notre avenir, et, puisque vous avez mentionné le Coran, permettez-moi de le comparer, sur ce point, avec l'Evangile. Jésus, parlant de notre vie future, nous apprend que nous ne nous y marierons pas, mais que nous y serons tous comme des anges. Cela se comprend : où l'on ne meurt pas, il n'est plus besoin de naissances ; où le sort est fixé par une conduite antérieure, il ne peut y avoir de place pour des nouveau-nés, étrangers aux épreuves qui, jadis, ont produit les sentiments chrétiens. Enfin, dans un monde où 1e corps actuel doit subir un changement assez complet pour revêtir l'incorruptibilité, ce corps ne saurait rester animé des besoins terrestres. Toutes ces conséquences découlent de cette déclaration de Jésus-Christ, que dans le monde à venir, on ne se mariera pas.

Maintenant, ouvrez le Coran de Mahomet et cherchez y les passages relatifs au bonheur du paradis. Vous y verrez les mêmes jouissances, les mêmes passions que sur 1a terre ; seulement elles y seront amplifiées ; au lieu d'une femme, soixante pour un seul homme !... Je n'ose entrer dans la description de ces plaisirs grossiers, infâmes, et je me contente de vous demander. Trouvez-vous que Mahomet soit aussi chaste que Jésus-Christ ? La Bible, à cet égard, ressemble t-elle au Coran ? Est-elle, sur ce nouveau point, un livre comme un autre ?

- Je ne conteste pas que votre Bible ne soit le meilleur des livres ; mais, parce qu'un livre est le meilleur, il ne vient pas pour cela de Dieu.

- J'en conviens ; quelle que soit la beauté des doctrines morales d'un livre, il sera toujours possible de n'y voir avec une apparence de raison qu'une beauté humaine. Mais si l'excellence de la Bible ne se déploie que lentement pour ne se manifester complète qu'après plusieurs générations, il faudra bien reconnaître que cette manifestation n'est pas le fait de l'homme ; je vais m'expliquer.

La Bible n'a pas été rédigée par un seul écrivain, mais par plusieurs ; non pas dans un siècle, mais dans vingt. Si donc on découvre entre ses diverses parties des rapports constituant un tout, on sera bien obligé de reconnaître que cet ensemble n'a pas été conçu par des volontés humaines diverses de siècles et de contrées, mais par une volonté unique, divine qui dirigeait tous ces écrivains.

Or c'est précisément ce qu'on trouve dans la Bible, depuis Moise jusqu'à saint Jean : partout, le même Dieu ; un Dieu Esprit, Tout-puissant et tout bon ; un Dieu unique, Créateur, de l'univers. Dans Moïse et David, comme dans les Evangélistes et saint Paul, ce que Dieu demande à l'homme, c'est toujours le même sentiment, une confiance entière, une foi vivante.

Chez les Prophètes, comme chez les Apôtres, dans l'Histoire comme dans les Epîtres, I'homme est déclaré profondément coupable, coupable à ce point qu'il ne peut échapper à la punition que par la grâce. Dans ses sacrifices de taureaux, Moïse montre l'exigence de la loi dans ses Psaumes, David exprime le besoin de pardon ; dans ses Prophéties, Esaïe annonce un être mystérieux venant concilier cette justice et ce pardon; jusqu'à ce qu'enfin, dans son Evangile, Jésus-Christ manifeste celte réconciliation sur la croix, où la justice et la grâce se sont embrassées . Dès lors le sacrifice expiatoire est aboli, et dans ses Épîtres Paul ne demande plus aux rachetés que l'offrande vivante et sainte de leur vie consacrée à leur Dieu.

Ainsi la notion de sacrifice traverse toute la Bible, en s'y transformant. C'est un vaste édifice qui s'élève toujours plus majestueux : à la base, les sacrifices figuratifs d'animaux institués par Moïse ; au centre, le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ, réalisant la figure et auquel tout vient aboutir ; an sommet, pour couronne, le sacrifice volontaire de notre volonté à la volonté divine, ou notre sanctification. Voilà le plan dans son ensemble. N'y a t-il pas unité entre Moïse et les prophètes, Jésus-Christ et les Apôtres ? Cette unité n'est-elle pas parfaite, féconde et sainte ?

Et cependant comment voir là l'œuvre de l'homme quand on remarque qu'elle a mis tant de siècles à se manifester, Il n'y a pas seulement unité dans cette grande oeuvre de la Bible, il y a de plus progression. Ainsi, dans le sacrifice lui-même dont nous venons de parler, ce n'est d'abord qu'une multitude d'ombres qui témoignent de notre péché ; ensuite c'est une grande et unique réalité qui efface nos fautes, accomplit notre salut et nous inspire la reconnaissance.

Enfin c'est une vie sainte, affectueuse, divine, répandue dans des milliers d'êtres heureux et purs. Dans le nombre des créatures appelées à cette félicité toujours le développement et le progrès: d'abord, c'est la seule famille d'Abraham. Bientôt, le peuple juif; plus tard, il en doit venir d'orient et d'occident, jusqu'à ce qu'enfin l'apôtre Pierre comprenne que toute la race humaine est conviée au grand salut de Christ et à l'universelle fraternité.

Je pourrais vous montrer la correspondance de la Bible non seulement avec elle-même, mais avec l'histoire du monde, depuis que cette Bible est close ; par exemple, les menaces de Moïse s'accomplissant de nos jours sur les Juifs conspués, honnis, persécutés pendant de longs siècles sur toute la terre ; la réalisation de ces promesses de Jésus-Christ :

Cet Evangile sera prêché sur tout le monde habitable. Mes paroles ne passeront point, alors même que vieilliront la terre et les cieux !

Cette vision de Jean, contemplant un ange qui traverse les espaces pourtant l'Evangile éternel à toutes les nations, dans toutes les langues, vision transformée en réalité vivante de nos jours.

Mais je préfère, pour en finir plus brièvement, vous montrer un fruit de cette Bible, si beau, si savoureux que vous soyez contraint de reconnaître que cet arbre croît, fécondé par la divine rosée.

Je ne vous dirai pas: Voyez combien la Bible a de sectateurs, combien de peuples l'ont adoptée combien de prêtres la prêchent, combien de rois la protégent; car vous pourriez me répondre qu'il en est de même des Védas et du Coran; et la Bible eût-elle plus de partisans que tous ces autres codes ensemble, une supériorité de nombre ne suffit pas pour franchir la distance de 1a terre aux cieux, de 1'homme à Dieu. La Bible peut avoir plus de croyants que les livres sacrés de la Turquie et des Indes et cependant être encore un livre humain.

- Très bien ! Voilà précisément ce que je voulais vous dire.

- Vous voyez donc que je vais au-devant de l'objection et que je ne songe pas à l'éluder. Voici donc la différence essentielle entre la Bible et tous les autres livres qui n'en sont pas issus. Védas et Coran ont formé des adeptes, mais la Bible seule a fait des saints. Et, par saints, n'allez pas croire que j'entende des jeûneurs, des ermites, des martyrs de fantaisie... Non.

Mais des saints dans le sens primitif de ce mot : des saints, c'est-à-dire des hommes purs, dévoués, humbles, dépensant leurs biens pour les autres, donnant leur temps, leurs peines, leur santé, leur vie sans bruit, sans salaire, sans gloire. Des saints, c'est-à-dire des hommes chastes dans le secret de leur vie, dans leurs pensées, de telle sorte que leur conduite n'est que la conséquence toute naturelle de leurs sentiments.

Saints, c'est-à-dire que leur volonté, leurs désirs sont transformés ; élevés toujours plus loin de la terre et plus prés du ciel, jusqu'à ce qu'ils puissent dire comme saint Paul :

Je suis pressé de deux cotés, mon désir étant de partir pour être avec Christ, ce qui me serait bien meilleur; mais il vous est plus avantageux que je demeure dans cette vie pour votre avancement.

Ainsi, cette Bible n'a pas seulement mis un culte Esprit et vérité à la place d'un culte matériel ; dressé des églises chrétiennes là même où jadis s'élevaient des temples païens; détourné les louanges de Jupiter impur sur Jésus-Christ saint. Non, elle a fait plus : elle a transformé, refondu le coeur de milliers et de milliers de créatures.

Voilà son œuvre, voilà ce qu'aucun autre livre humain n'a jamais fait.

Votre Coran a mis le glaive à la main de quelques fanatiques ; son triomphe a consisté à faire des fatalistes ; tout au plus a-t-il répandu une hospitalité de parade connue avant lui.

Vos Védas ont fait un peuple immobile, des bourreaux de leur corps, des mangeurs d'herbe, des momies séchant sur place, le bras ou la jambe tendue !.. Mais des saints, des hommes purs, humbles, dévoués… non, jamais!

Or, si la Bible produit SEULE la sainteté sur la terre, il faut bien en conclure qu'elle a subi l'influence des cieux.

 

Napoléon ROUSSEL
(1805-1878)

 


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